Jeudi 18 décembre 2008 4 18 /12 /Déc /2008 00:18
Quand ce vieux routard de Chick Corea rencontre la jeune pousse Uehara Hiromi ça confirme le célèbre aphorisme de mon cru « un piano c’est beau, deux c’est mieux » ; d’autant plus qu’ici Hiromi parvient à contenir son plus grand défaut, un jeu de scène souvent outrancier.
Cet enregistrement pour une chaîne de télé japonaise date de 2006, mais les deux se sont retrouvés un peu après pour le plutôt chouette album Duet sorti en 2008.



'Spain' de Chick Corea, par Chick & Hiromi
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Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /Déc /2008 00:49
En fait je suis pas si vieux que ça... mais je ne pouvais m’empêcher de commencer ce blog sur le mode « vieux con ». Parce que ça fait classe, vous voyez.
Et puis les vieilleries c’est bien aussi. Et puis de toute façon si vous continuez à lire ce blog (ce dont vous seriez bien inspiré) vous m’entendrez souvent soutenir combien Phew est une grande dame et combien pour toute personne soi-disant intéressée par la musique japonaise il serait criminel de passer à coté de sa discographie. Dont acte.

La vidéo est extraite de la VHS Phew video, et les trois morceaux sont dispo en CD sur l’excellent Live 1978-1979 de Aunt Sally. Trois pour le prix d'un, c'est la promo de lancement.


‘Sameta kajiba de’, ‘Paraffin chuudoku’ et ‘Subete Urimono’, par Aunt Sally
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Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /Déc /2008 00:10


Je ne suis pas forcément ce qui ce dit ici et là sur les différents forums, mais j’ai l’impression qu’à la sortie de leur dernier album – le joliment nommé Aratame mashite, hajime mashite, Midori desu (« bonjour à tous, content de faire votre connaissance, je suis Midori ») – Midori bénéficiait d’un bon buzz auprès des mélomanes occidentaux. A l’époque j’avais d’ailleurs mis en ligne la vidéo accompagnant l’album sur Youtube (c'est mal) et avant qu’elle ne soit virée (et mon compte dans la foulée, bien fait) c’était de loin celle qui marchait le mieux de toutes celles que j’avais pu héberger (j’ai d’ailleurs jamais trop compris comment ça se faisait). Quoiqu’il en soit, six mois après les voilà qui sortent leur premier album live. Et c’est une bonne nouvelle.

Il y a là en effet de quoi redonner un coup de fouet, sinon à leur carrière, en tout cas à leur discographie ; certains pessimistes/puristes/paranoïaques comme moi craignant que leur signature chez Sony après deux albums indés plutôt cool ne soit à l’origine d’un affadissement de leur style, voire même avait décelé dans Aratame mashite... (pas un mauvais album pourtant) un début d’érosion qui ferait sonner l’ensemble de manière beaucoup plus classique et beaucoup moins « Midori » (ce qui n’est en réalité qu’à moitié vrai, voir même faux).
Ce mini-album va dans le bon sens, principalement pour deux raisons. La première : une set-list assez équilibrée comptant quatre morceaux sur sept extraits de leurs deux premiers albums (donc trois extraits des deux derniers, oui oui, vous savez compter). La seconde : l’abandon de la guitare, parait-il pour cause de pluie le jour du concert mais qu’importe si ce n’est pas intentionnel, l’important est que cela donne un coté plus déstructuré et plus haché à l’ensemble – c’est pas que la miss joue comme une patate, mais personnellement j’aimerais bien que le groupe laisse tomber la guitare (qui ne sert jamais à grand chose) et, sauf exception, se restreigne à une formation chant + clavier + batterie + contrebasse.
Bon, c’est vrai que les morceaux joués ici (set-list modifiée sur l’instant sans doute) sont dès l’origine dépourvus de guitare et qu’on n’a donc pas droit à de vraies réinterprétations guitareless. Ce qui manque peut-être un peu d’audace.

Une chose que je trouve cool dans les enregistrements live, c’est qu’ils sont (dans l’idéal) l’occasion pour le groupe de livrer des interprétations à la fois plus roots et plus sophistiquées que les versions studio, au sens où elles sont propices à l’improvisation, aux variations et aux petits délires. D’autant plus dans le cas qui nous intéresse que la sorte de hardcore aux accents jazz jouée par Midori se prête plutôt bien à la chose.
Par contre, une chose à laquelle ne sert pas un enregistrement live, c’est à entendre le public. Et sur ce point (si on va pas jusqu’à dire qu’il est pourrave) le mixage pèche, laissant parfois entendre des types qui gueulent dans le fond : pour du gros rock qui tache c’est pas gênant, mais ça l’est lorsqu’il s’agit d’une musique avec beaucoup de pauses et de blancs, comme Midori justement, dont les rythmes saccadés méritent d’être respectés plutôt que d’être couvert par le bruit du public (pour la suite, promi, je désactive le mode « vieux con »). D’une manière générale le son n’est d’ailleurs pas particulièrement top, même si c’est pas non plus très grave, et du coup la contrebasse est le plus souvent étouffée par la batterie (c’est triste car j’aime la contrebasse).
L’intérêt de l’enregistrement live se trouve là quelque part, dans cet arbitrage entre son pourri d’un coté et débordements de l’autre. Je ne vais pas vous reparler du son, et sur le reste je vais vous tenir une belle réponse de normand, à savoir que question débordements le service minimum est fait. Faut dire que le matériau de base est lui-même déjà assez excentrique.

Je me réjouis alors en écoutant l’intro de ‘Osaru’ (qui ouvre l’album) et sa contrebasse grinçante qui donne à Midori une sonorité noisy et industrielle inédite. Ou quand ils livrent une version de ‘Chiharu no koi’ au tempo ralenti et avec des petits délires vocaux bien sympas. Encore plus lorsque celle de ‘Anta wa dare ya’ se révèle encore plus nawak que ce qu’on pouvait entendre dans l’album. Tout ça c’est déjà pas mal, mais c’est peut-être justement parce qu’à la base la musique de Midori foisonnent de trucs qui vont dans tous les sens qu’en live on est en droit d’en attendre encore plus ! Rien de bien exceptionnel donc, mais sans foutage de gueule non plus – d’autant plus que, et c’est bien l’essentiel, les morceaux sont bons.
Autre chose, je remarque que Mariko adopte ici une voix plus grave, moins kawaii qu’à l’accoutumée : c’est pas mal du tout, ça donne au groupe une couleur bien moins « punk à couettes ».

Il aurait pourtant été simple de gommer les petits défauts de cet album, c’eut été d’en faire un DVD. C’en est même presque vexant pour qui sait ce que vaut Midori en live (même si en toute franchise un gros festival comme celui où a été enregistré ce disque leur sied moins qu’une salle à la taille plus modeste), la petite Mariko (comme toujours : pieds nus, avec une seule loose-sock, et en uniforme marin) sachant faire son show avec un jeu de scène pour le moins extraverti, grimpant sur la batterie ou descendant dans le public pour faire la mariole.
Mais si ça peut nous rassurer, sans aucune espèce de cynisme (c’est pas le genre de la maison), ne doutons pas une seconde que ces suceurs de fric de chez Sony nous en sortent un l’année prochaine. Je suis bonne poire.



‘Anta wa dare ya’


Live!! (ライブ!!)
de Midori (ミドリ)
Mini-album live
7 pistes (~28 min)
Sortie : nov. 2008 (Sony Music)
Genre : noise-rock, jazz
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Samedi 13 décembre 2008 6 13 /12 /Déc /2008 01:15



Pour tout amateur de pop japonaise (du moins on aimerait le croire) Harada Ikuko a incontestablement marqué cette année 2008, puisqu’en effet (sans même compter le DVD Kemono to maho ga Tobikau Orchard Hall sorti début décembre) la chanteuse de Clammbon a sorti pas moins de trois disques solo en même pas dix mois : le mini-album Kehai to yoin en mars, Kemono to maho en juin et pour finir cet excellent Ginga en novembre. Et quels albums ! Si pour d’autres cela signifie souvent expédier dans la précipitation et la négligence une série de singles pour contenter une maison de disque gloutonne, la surproduction semble seoir à Harada : force est de constater que non seulement chacun de ces albums est meilleur que le précédent, mais aussi que tout trois font preuve d’une maturité et d’une sophistication comme on aimerait en voir plus souvent.

Ginga est un album à écouter calmement, au casque de préférence pour mieux se couper des perturbations extérieures, bien emmitouflé sous votre couette en cet hiver vigoureux. Le disque, s’il est prenant dès la première écoute, mérite une écoute attentive et surtout dans l’ordre ! Et je vais sans doute vous tenir là un discours de vieux con né avant l’invention de l’Ipod Shuffle et la consommation de musique par pistes autonomes calibrés de trois minutes et demi à 0,99$ (¡No pasarán!), mais ça fait du bien de voir un album qui, loin d’une compil’ de singles dont on aurait bouché les trous, trouve une vraie cohérence interne – à écouter dans l’ordre et en entier, donc.

L’introduction de l’album s’effectue par le morceau qui lui donne son titre, longue et hypnotique piste flirtant avec les quatorze minutes où se distinguent deux mouvements. Le premier, introduit par deux minutes de pulsations à la guitare (si après ça vous n’êtes pas relaxés et prêts rentrer dans l’album je ne peux plus rien pour vous) au dessus desquelles viennent ensuite s’élever des voix plaintives ; celle de Harada tout d’abord, puis celle de Imawano Kiyoshiro qui l’accompagne en canon. La seconde partie, entièrement instrumentale, est plus rythmée voire quasiment jazz, aux rythmes plus chaotiques mêlant piano, guitare, percutions (plus des choeurs et un instrument à vent que je ne saurais dire ce que c’est) à des sonorités naturelles samplées. Une structure bipolaire qui en quelque sorte annonce la suite.
La deuxième piste – un court instrumental au piano – si elle n’est pas superflue reste anecdotique et pure transition : ce n’est qu’après que Ginga commence vraiment.

‘Nami nite’ est, dans la continuité de l’instrumental qui l’introduit, un morceau lent. La virtuosité technique n’y a pas sa place, au contraire la mélodie est extrêmement simple, exclusivement à la guitare (à l’exception de quelques notes claquantes au piano en fond qui se font quasiment absentes passée l’ouverture).
Déjà beaucoup plus sophistiquée est ‘Aru katachi’, peut-être même la piste la plus fascinante de l’album malgré (en fin de compte) la simplicité de son dispositif : le piano y prend enfin le premier rôle (ce qu’en bon fan de Harada on attendait tous), étouffant même le morceau avec six notes sèches répétées inlassablement pendant les cinq minutes qu’il dure. Les (rares) autres instruments présents et surtout le chant sont alors contraints par cette obsédante suite de notes qui sonne plus haut et plus dur que tout le reste, opprimant la mélodie qui essaye tant bien que mal de s’épanouir dans ce carcan. Très joli.
L’album atteint son apogée avec ‘charm point’ ; charmant et charmeur sans doute, mais surtout point d’inflexion et point de symétrie : Ginga est un album qui se répond à lui même, la seconde partie se faisant le reflet de la première, 'charm point' faisant office de pivot. Le morceau porte en lui même ce changement de cap, introduisant à mi-longueur une batterie au jeu décomplexé qui vient contrebalancer le systématisme du piano et du chant, pour finalement les entraîner dans son sillage.
La piste suivante, ‘Haruka yori kanata e’, met en évidence la double inclinaison de l’album. Tout d’abord le jeu de miroir déjà évoqué : comme ‘Aru katachi’ (sa symétrique) ‘Haruka yori kanata e’ est parcourue sur toute sa longueur de deux notes de piano répétées encore et encore sur lesquelles se construit le morceau. Mais contrairement au premier où la mélodie était enfermée par le piano (qui ici se fait beaucoup moins claquant, plus doux et délicat) elle prend appui dessus pour se développer. Ça change tout. Ainsi ‘Haruka yori kanata e’ représente également cette évolution que suit l’album de compositions très simples et répétitives vers des interprétations plus sophistiquées et surtout plus libres ; mais aussi de son passage d’une tonalité mélancolique à un état d’esprit (si on n’y pète pour autant pas le feu) plus serein.
Et puisqu’on parle d’évolution, intéressons nous à ‘Aoi yami wo massakasama ni ochite yuku nagareboshi wo shitteiru’ (à vos souhaits), septième piste de l’album et reprise de celle qui ouvrait Kemono to maho. La version présente sur Ginga (dite « blue darkness ») est plus courte (« seulement » sept minutes, contre neuf et demi pour la version originale), elle est surtout plus épurée : moins d’instruments utilisés, pour ne principalement garder que la guitare et quelques cuivres, moins de délires jazzy aussi, avec un chant plus discret. Il est évident que s’il reste sophistiqué Ginga donne bien moins dans l’« esbroufe » que Kemono to maho (du coup, il est aussi plus accessible).




Cette piste au titre à rallonge clôt ce qu’on pourrait qualifier de « coeur de l’album », cinq morceaux d’un seul tenant assez cohérent. Alors à la manière de la deuxième piste (souvenez-vous, cet album est symétrique) ‘Misora’ est une courte transition à l’instrumentation très simple (voire même simpliste, au piano et chanté cette fois) qui annonce la clôture de l’album.
‘Yakusoku no hana’ est sans doute le morceau le plus surprenant et incongru de l’album, mais parfaitement cohérent avec les orientations décelées dans les morceaux précédents : plus spontanée, plus joyeux. Et même si un premier temps il peut passer pour un clown triste le final enjoué et léger ne trompe pas.

Ginga est un bien bel album donc, très bien structuré surtout, à la fois d’une manière « bipolaire » (en miroir comme je l’ai déjà dit et même, mais c’en est presque une conséquence si ce n’est que cela demande une cohérence de tous les instants, de manière gigogne : ainsi si vous ne souhaitez n’en écouter qu’une partie, n’écoutez que la cinquième piste, ou de la quatrième à la sixième, ou de la troisième à la septième, tous ces ensembles se tiennent) mais aussi de manière « linéaire », se complexifiant par couches successives (dans la partie centrale chaque nouveau morceau voit l’introduction d’un nouvel instrument au placé au premier plan, reléguant ceux précédemment utilisé en retrait).
C’est surtout un album qui jongle habilement avec les contraires : une apparente simplicité et une épure qui révèlent une agréable sophistication, un systématisme et une rigueur dans les compositions laissant peu à peu le champ libre à des interprétations très spontanées, ainsi qu’une noirceur mélancolique qui cohabite avec (en particulier dans les instrumentations) une grande clarté.



‘charm point’




Ginga (銀河)
de Harada Ikuko (原田郁子)
Album studio
9 pistes (~52 min)
Sortie : nov. 2008 (Columbia Music Entertainement)
Genre : pop, progressif, jazz

Publié dans : musique - Par Epikt
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Vendredi 12 décembre 2008 5 12 /12 /Déc /2008 01:10
Lorsqu’on ouvre un blog, il est coutume d’expliquer qui ? quoi ? pourquoi ?
Voici donc qui, pourquoi, et quoi.

Les gens de bon goût me connaissent en tant qu’animateur du Glop ? ou Pas Glop ? – blog de cinéma principalement – mais peut-être aussi également de ce délicieux lieu de débauche qu’est Jpopniaiserie, le « blog japoniais de la j-pop débile ». J’aime beaucoup ce blog, j’aime aussi ce que j’y mets (même si dans une immense majorité des cas je ne l’écoute qu’en vidéo, et que cette vision n’est pas dépourvue de second degré), mais une chose me gênait de plus en plus : l’image restrictive et stéréotypée (musique kawaii avec des clips colorés, pop sucrée et j’en passe), qui ne serait pas gênante outre mesure si elle n’était pas si répandue, que bien malgré moi je véhiculais sur la musique japonaise.
Le but de Suki-Suki-Daisuki n’est rien d’autre que de « réparer » cet odieux affront fait à une musique qui vaut bien mieux que ça. Je ne cache pas que si d’autres – qui s’y connaissent bien mieux que moi, à la fois en musique et en musique japonaise – faisaient l’effort de s’éloigner davantage de la j-pop de base je n’aurais jamais eu à le faire moi-même.

Ceci est donc un blog de musique, de musique japonaise surtout mais pas uniquement – car je fais ce que je veux et surtout que cela me semble une erreur de cloisonner la production musicale d’un pays en particulier.
Quelques petites précisions sur ce que ce blog n'est pas : ce n’est pas un blog de news, j’éviterai donc de parler de ce qui sort le mois prochain et que forcément je n’ai pas encore écouté ; dans la même idée ce n’est pas un blog d’actu, ne comptez pas sur moi pour passer au crible les nouvelles sorties ; ce n’est pas non plus un blog de bash, et même si c’est pas l’envie qui m’en manque vous ne m’y verrez donc pas écrire du mal de Koda Kumi ou de L’Arc~en~Ciel (certains font ça mieux que moi) ; il est même probable que je ne dise pas beaucoup de mal des gens et des disques, je n’en penserai pas moins pour autant mais j’ai pas toujours que ça à faire que d’écouter en profondeur un album pourri pour en faire une critique ; et tant qu’à faire je vais essayer de parler de choses dont mes petits voisins ne parlent pas (vaste programme).
A part ça, la « ligne éditoriale » c’est qu’il n’y a pas de ligne éditoriale : de la pop, du jazz, de l’electronica, du rock, de la noise,... va falloir vous y faire, y a pas de raisons que vous n’y croisiez pas à la fois YUKI et Melt-Banana.
Publié dans : backstage - Par Epikt
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