「 Super æ 」 Boredoms

Publié le par Epikt



Le lancement d’un blog c’est le moment d’aborder quelques classiques, et classique parmi les classiques le groupe de Yamantaka Eye en est un de poids : un groupe inclassable et voire même « culte ». Et toujours d’intérêt malgré une production aussi disparate qu’inégale. Nul doute d’ailleurs que s’il ne coûtait pas 7777 yens je me serais procuré leur dernier album (77Boadrum, sorti fin de l'année dernière et qui s’annonce pas mal du tout) depuis quelques temps déjà. Alors pour me consoler en attendant une accalmie sur mon compte en banque je vais commencer par m’acheter de la vaseline et parler de Super æ, excellentissime album que vous pourrez – car vous suivez mes conseils, n’est-ce pas ? – vous procurer pour même pas 10€ sur amazon.fr dans son édition américaine.

Super æ constitue un tournant dans la discographie du groupe (je prends des poses mais en réalité je ne la connais pas si bien que ça), s’éloignant du noise-rock bruitiste, industriel et cataclysmique de ses débuts pour intégrer à leur musique des éléments tout aussi bruitistes mais se rapprochant du rock psychédélique et de certaines musiques électroniques. D’une manière générale la musique de Boredoms devient moins brutale, mais plus élaborée.
C’est aussi l’époque où le groupe est au sommet de sa gloire, célèbre non seulement au Japon mais aussi aux Etats-Unis (et dans le monde en général) et s’apprêtant à sortir (en 1999) l’album que tout le monde ou presque (moi par exemple : je lui préfère notamment ce Super æ) considère comme leur meilleur production : Vision Creation Newsun.
Ça plane pour eux quoi.

Mais reviendons à l’album.
Ça commence sur les chapeaux de roue avec ‘Super You’, une piste de toute évidence taillée comme une introduction, succession – qu’on aurait qualifiée de langoureuse si cela n’était pas si rêche et strident – de riffs de guitare lourds et distordus qui rappellent le sludge – un accord grosso modo toutes les cinq secondes, puissamment joué et souligné par des violents coups de cymbales – qui forment comme une chape de plomb sur le morceau. Avant de rajouter sur la seconde moitié du morceau des effets électroniques qui accélèrent brutalement les riffs, produisant un bruit qu’on dirait à cheval entre la perceuse et le moteur de formule 1.
‘Super Are’ poursuit un premier temps de manière plus douce avec de longues nappes synthétiques, mais l’accalmie est de courte durée puisque le chant fait enfin son apparition, mêlant aux guitares hurlantes des tonalités tribales, donnant le ton de la suite de l’album.

A la frontière entre les genres Super æ n’en est pas moins un album d’une cohérence à toute épreuve et les soixante-dix minutes qui le composent filent avec un naturel surprenant pour une musique aussi abrasive. Impression renforcée par le caractère très progressif (au sens de musique « progressive ») des structures, qui tournent le dos à la traditionnelle alternance couplet / refrain pour suivre une évolution et une progression continues.
Et puisque je parle de cohérence, chose parfois étonnante il arrive souvent que les changements – de rythme, de direction, de son, de tonalité – ne s’opèrent non pas entre les pistes mais en leur sein, où soudainement le tempo s’accélère ou au contraire les esprits s’apaisent. En résulte un album où les unités (thématiques, sonores, découpage du disque,...) s’entremêlent, brouillant les repères. Ce n’est pourtant le plus grand nawak : le flamboyant ‘Super Coming’ est par exemple (quasiment, si on fait abstraction des intro et conclusion) composé d’un unique bloc sonore, primitif et hargneux.

Album culte d’un groupe culte qui il est vrai enchaîne les albums cultes (et promis j’arrête d’écrire ce mot qui ne veux pas dire grand chose), Super æ est un disque indispensable à tout amateur de musique se voulant un temps soit peu ouvert et éclairé – ou même à celui qui a simplement le goût des bonnes choses.
Indispensable et indescriptible, le genre d’albums sortis de nulle part que seuls les japonais semblent être capables de produire, défonçant les murs entre les genres avec un culot inégalé pour aboutir à un OVNI oscillant entre noise-rock, expérimentations bruitistes, rythmes tribaux, sludge assommant et guitares psychées, avec parfois même de jolies nappes ambient. Le plus étonnant étant que, même si présenté ainsi ça a l'air hyper savant et obscur, le caractère 100% expérimental du projet ne l'empêche pas d'être parfaitement écoutable, voir même terriblement beau.



‘Super Coming’



Super æ (aka Super Ae ou Super Are)
de Boredoms
Album studio
Sept pistes (~68 min)
Sortie : mai 1998 (Warner Music Japan)
Genre : noise-rock psychédélique

Publié dans musique

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