Pour ce troisième album, Hoahio change de line-up. Bien entendu le groupe reste sous le patronage de la géniale chanteuse et multi-instrumentiste
Haco et compte toujours dans ses rangs Yagi Michiyo et ses kotos. Seule la troisième pièce du trio change, Sachiko M laissant la
place à Era Mari. Un changement de line-up qui n’est pas un simple remplacement à fonction équivalente – une percussionniste prend la place d’une spécialiste des bidouilles électroniques et autres
samples – et qui influe naturellement sur le son de ce nouvel album. Cela dit, c’est selon moi pas un mauvais calcul, Haco étant déjà suffisamment pointue en électronique, Sachiko M (que j’aime
beaucoup, mais c’est pas le sujet) était du coup un peu redondante. Si tant est qu’une musicienne, quand elle apporte sa personnalité au groupe (en particulier lors des passages improvisés), puisse
être redondante. Et vous me ferez remarquer que Haco sait aussi faire des percus, ce qu’elle faisait d’ailleurs sur les premiers albums, et que du coup Era Mari elle aussi est redondante. Ce à quoi
je répondrai avec un grand « gniiiiiiiiiiiiiiiiiii !!! ».
N'empêche, avec l’arrivée d’une percussionniste le son de Hoahio devient sensiblement plus acoustique. Un peu. Car si on ne retrouve plus de pistes qui lui sont entièrement dédiées l’électronique
est loin de disparaître pour autant des compositions. Un peu plus acoustique donc. Dans les limites de ce grand et indéfinissable foutrac stylistique qu’est le groupe, forcément : Hoahio est un
projet à la croisée des genres, dont la ligne de conduite semble l’exploration tout azimut et la confrontation de sons et de cultures musicales à priori antinomiques. Quelque part entre pop
minimale, musique folklorique et expérimentation noisy ; composition et improvisation.
Ça commence avec un méga tube de l’espace – un peu comme
Ohayo! Hoahio! se concluait sur un méga tube de l’espace – qui fusionne toutes ces sonorités dans une sorte d’hymne rock d’une
efficacité redoutable (ça ferait même un putain de single !). C’est peut-être même un peu de la triche, la suite étant bien moins groovy et accessible. Quoique, même si certains la qualifieront
d’« expérimentale » (adjectif trop vite utilisé dès qu’on a affaire à de une musique improvisée si vous voulez mon avis, oubliant que dans un monde qui tourne rond toute musique devrait
chercher à transcender ses conventions)(voilà comment, alors que je ne pense pas fondamentalement donner dans le supra-pointu, je me retrouve avec un énorme tag « experimental » sur mon profil
last.fm), la musique d’Hoahio n’est pas du genre inaccessible, ni même difficile à aborder (avoir l’esprit ouvert et ne pas s’attendre à des compos de top50 est une bonne chose, mais je vais pas le
répéter à chaque fois). C'est même carrément pop.
Malgré tout le bien que je peux en penser, il est probable que ce troisième album soit légèrement inférieur au deuxième – il est vrai particulièrement sublime. Je saurais pas trop expliquer, c’est
juste du feeling. On y trouve malgré tout de grands moments, comme ce ‘DJ Hashimoto’ à l’alliance koto / mandoline électrique du feu de dieu ou encore (au total opposé du spectre musical du groupe)
‘Cach Thao Lap’ qui applique aux percussions une démarche d’improvisation minimaliste qu’on trouve d’ordinaire en électronique (comme Sachiko M avait pu le faire sur
Ohayo! Hoahio!).
En fait ces deux albums – tous les deux très bons, parmi les meilleurs de la discographie de Haco – s’ils constituent tous deux un gros foutrac généreux et à première vue désordonné, me semblent
parfaitement complémentaires. Au sens où, navigant entre recherche d’harmonie et création d’altérité dans leur utilisation d’univers sonores disparates, ils évoluent grosso-modo dans des sens
contraires et du coup se répondent par un effet de va-et-vient. Grosso-modo.
Ohayo! Hoahio!, pourtant pas avare en pistes âpres, semblaient en effet imposer en guise de conclusion un son plus fluide, dont l’apothéose serait son morceau final '
Less than Lovers...' – à mon humble avis une des fusions les plus fines qui soit entre musique pop, instruments traditionnels et
éléments électroniques. Et à ce demander si
Peek-ara-boo ne prend pas le chemin inverse, ouvrant avec un morceau très fédérateur pour s’achever sur des pistes beaucoup plus chaotiques. Le
morceau emblématique de cette tendance est sûrement 'Tribal Markets' (avant-avant-dernière piste)(je dois avouer que les suivantes sont moins radicales), avec sa batterie presque jazz, ses
percussions parfois traditionnelles, son koto rageur et ses stridences électroniques, tout ça assemblé non pas en cherchant à produire une harmonie mais en cherchant la dissonance. Autrement dit,
plutôt que de vraiment fusionner ses différentes sources musicales comme le faisait celui de
Ohayo! Hoahio!, le final de
Peek-ara-boo me semble les juxtaposer et les confronter
entre elles. Retour à la case départ.
Enfin... c’est de la branlette tout ça. Et je sais même pas si ça tiendrait face à une analyse rigoureuse. Le fait est que Hoahio zigzague constamment entre les deux tendances, parfois même dans le
même morceau. Le fait est aussi que ces deux albums sont excellents, point barre. Le fait est également que sur le visuel du dernier il y a un petit chat. C'est important, j'aime les petits
chats.
Peek-ara-boo
de Hoahio
Album studio
11 pistes (~48 min)
Sortie : 2003 (Tzadik)
Genre : pop, électronique, musique traditionnelle