「 Live!! 」 Midori

Publié le par Epikt



Je ne suis pas forcément ce qui ce dit ici et là sur les différents forums, mais j’ai l’impression qu’à la sortie de leur dernier album – le joliment nommé Aratame mashite, hajime mashite, Midori desu (« bonjour à tous, content de faire votre connaissance, je suis Midori ») – Midori bénéficiait d’un bon buzz auprès des mélomanes occidentaux. A l’époque j’avais d’ailleurs mis en ligne la vidéo accompagnant l’album sur Youtube (c'est mal) et avant qu’elle ne soit virée (et mon compte dans la foulée, bien fait) c’était de loin celle qui marchait le mieux de toutes celles que j’avais pu héberger (j’ai d’ailleurs jamais trop compris comment ça se faisait). Quoiqu’il en soit, six mois après les voilà qui sortent leur premier album live. Et c’est une bonne nouvelle.

Il y a là en effet de quoi redonner un coup de fouet, sinon à leur carrière, en tout cas à leur discographie ; certains pessimistes/puristes/paranoïaques comme moi craignant que leur signature chez Sony après deux albums indés plutôt cool ne soit à l’origine d’un affadissement de leur style, voire même avait décelé dans Aratame mashite... (pas un mauvais album pourtant) un début d’érosion qui ferait sonner l’ensemble de manière beaucoup plus classique et beaucoup moins « Midori » (ce qui n’est en réalité qu’à moitié vrai, voir même faux).
Ce mini-album va dans le bon sens, principalement pour deux raisons. La première : une set-list assez équilibrée comptant quatre morceaux sur sept extraits de leurs deux premiers albums (donc trois extraits des deux derniers, oui oui, vous savez compter). La seconde : l’abandon de la guitare, parait-il pour cause de pluie le jour du concert mais qu’importe si ce n’est pas intentionnel, l’important est que cela donne un coté plus déstructuré et plus haché à l’ensemble – c’est pas que la miss joue comme une patate, mais personnellement j’aimerais bien que le groupe laisse tomber la guitare (qui ne sert jamais à grand chose) et, sauf exception, se restreigne à une formation chant + clavier + batterie + contrebasse.
Bon, c’est vrai que les morceaux joués ici (set-list modifiée sur l’instant sans doute) sont dès l’origine dépourvus de guitare et qu’on n’a donc pas droit à de vraies réinterprétations guitareless. Ce qui manque peut-être un peu d’audace.

Une chose que je trouve cool dans les enregistrements live, c’est qu’ils sont (dans l’idéal) l’occasion pour le groupe de livrer des interprétations à la fois plus roots et plus sophistiquées que les versions studio, au sens où elles sont propices à l’improvisation, aux variations et aux petits délires. D’autant plus dans le cas qui nous intéresse que la sorte de hardcore aux accents jazz jouée par Midori se prête plutôt bien à la chose.
Par contre, une chose à laquelle ne sert pas un enregistrement live, c’est à entendre le public. Et sur ce point (si on va pas jusqu’à dire qu’il est pourrave) le mixage pèche, laissant parfois entendre des types qui gueulent dans le fond : pour du gros rock qui tache c’est pas gênant, mais ça l’est lorsqu’il s’agit d’une musique avec beaucoup de pauses et de blancs, comme Midori justement, dont les rythmes saccadés méritent d’être respectés plutôt que d’être couvert par le bruit du public (pour la suite, promi, je désactive le mode « vieux con »). D’une manière générale le son n’est d’ailleurs pas particulièrement top, même si c’est pas non plus très grave, et du coup la contrebasse est le plus souvent étouffée par la batterie (c’est triste car j’aime la contrebasse).
L’intérêt de l’enregistrement live se trouve là quelque part, dans cet arbitrage entre son pourri d’un coté et débordements de l’autre. Je ne vais pas vous reparler du son, et sur le reste je vais vous tenir une belle réponse de normand, à savoir que question débordements le service minimum est fait. Faut dire que le matériau de base est lui-même déjà assez excentrique.

Je me réjouis alors en écoutant l’intro de ‘Osaru’ (qui ouvre l’album) et sa contrebasse grinçante qui donne à Midori une sonorité noisy et industrielle inédite. Ou quand ils livrent une version de ‘Chiharu no koi’ au tempo ralenti et avec des petits délires vocaux bien sympas. Encore plus lorsque celle de ‘Anta wa dare ya’ se révèle encore plus nawak que ce qu’on pouvait entendre dans l’album. Tout ça c’est déjà pas mal, mais c’est peut-être justement parce qu’à la base la musique de Midori foisonnent de trucs qui vont dans tous les sens qu’en live on est en droit d’en attendre encore plus ! Rien de bien exceptionnel donc, mais sans foutage de gueule non plus – d’autant plus que, et c’est bien l’essentiel, les morceaux sont bons.
Autre chose, je remarque que Mariko adopte ici une voix plus grave, moins kawaii qu’à l’accoutumée : c’est pas mal du tout, ça donne au groupe une couleur bien moins « punk à couettes ».

Il aurait pourtant été simple de gommer les petits défauts de cet album, c’eut été d’en faire un DVD. C’en est même presque vexant pour qui sait ce que vaut Midori en live (même si en toute franchise un gros festival comme celui où a été enregistré ce disque leur sied moins qu’une salle à la taille plus modeste), la petite Mariko (comme toujours : pieds nus, avec une seule loose-sock, et en uniforme marin) sachant faire son show avec un jeu de scène pour le moins extraverti, grimpant sur la batterie ou descendant dans le public pour faire la mariole.
Mais si ça peut nous rassurer, sans aucune espèce de cynisme (c’est pas le genre de la maison), ne doutons pas une seconde que ces suceurs de fric de chez Sony nous en sortent un l’année prochaine. Je suis bonne poire.



‘Anta wa dare ya’


Live!! (ライブ!!)
de Midori (ミドリ)
Mini-album live
7 pistes (~28 min)
Sortie : nov. 2008 (Sony Music)
Genre : noise-rock, jazz

Publié dans musique

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