「 Akai yami 」 Birushanah

Publié le par Epikt



Je dois l’avouer, moi qui me targue pourtant d’avoir un bon feeling et d’avoir le nez pour les choses potentiellement chouettes, j’ai jamais eu de bol avec le métal japonais. Du coup, alors qu’à ma grande consternation dans la quasi totalité des autres genres (de la pop mielleuse à la noise) j’écoute plus de japonais que du reste, le métal reste trusté par des groupes bien de chez nous comme Nostromo, Converge ou Meshuggah – ce qui après tout n'est pas plus mal, mais ma dèche japonaise me frustre.
De temps à autres j’ai pourtant essayé de trouver du métal japonais (ni noise-rock ni grindcore, là ça va) mais je me suis retrouvé face à la difficulté de trouver des conseils fiables, un bon paquet de ce qu’on nous vend comme du métal, y compris « underground » (rahahah), se révélant en réalité être du rock pseudo énervé pour gamines sans intérêt. Traduction 1 : un gros riff qui tache, un beuglement, et une fois qu’on a satisfait le quota d’hyperviolence on balance le chant clair sur un air de pop. Traduction 2 : du néo-métal, ouais. Traduction 3 : du visu, comment t’as deviné ?
(à ce sujet, Birushana, sans « h » à la fin, c’est un groupe de visu tout pourri, évitez de confondre)
Bref, dur dur.
Et la preuve, encore une fois, que c’est en ne cherchant pas qu’on trouve : je suis tombé sur ce disque presque par hasard. Et ma foi il est bien chouette.

L’album commence par une piste très courte, que je dirais volontiers anecdotique. Vous me direz que plus de deux minutes c’est pas si court, mais quand on se dit que la suite est composée de deux énormes morceaux de vingt minutes chacun... voilà, c’est juste pour faire joli. D’ailleurs c’est joli, on irait même jusqu’à croire qu’on s’est trompé de disque et qu’on a mis dans la platine une compil’ de musique traditionnelle.
Les choses sérieuses ne commencent donc qu’avec la deuxième piste, ‘Akai yami’, qui donne sont titre à l’album. D’un style indéfinissable un premier temps, l’intro a un parfum psyché (pouvant par exemple rappeler par certains aspect Super ae des Boredoms) à base de notes de guitare électrique renforcées de percussions très lourdes. On enchaîne ensuite avec un court passage acoustique, brutalement interrompu pour enfin livrer ce à quoi ressemblera la suite de l’album : un métal lourd, principalement porté sur les percussions, où jusqu’aux riffs de guitare semblent avoir une portée rythmique plus que mélodique.
Des percus donc, beaucoup de percus. Tellement que le groupe compte trois percussionnistes, chose rare dans un groupe de métal : le premier à la traditionnelle batterie, dont la présence passe souvent en retrait face à ses imposants confrères et dont le jeu polyvalent permet d’accompagner tour à tour l’un ou l’autre ; le second sur des tambours traditionnels (taiko), au son beaucoup plus sourd et lourd ; et le troisième avec des percussions métalliques comparables à celles qu’on utilise en noise ou en musique industrielle. Cet alliage surprenant au niveau des percussions, propice aux ruptures de rythme et aux contrepoints en tout genre, confère à la musique de Birushanah une richesse et une ampleur surprenante, sans la faire tomber dans une grandiloquente solennité. A l’inverse, si elle est sophistiquée, elle recherche avant tout la sècheresse et la brutalité.

Tout ça jusqu’à un final grandiose, hybride et surprenant. Du koto dans un morceau de métal, sans pour autant le transformer en bouillasse gothico-lyrique, on voit pas ça tous les jours. Bien au contraire, Birushanah signe un métal radical – parfois même hyper violent, au niveau du chant surtout, qui fait appel aux hurlements typiques du sludge – tout en restant à mon sens plutôt accessible, même aux non-initiés (me fais-je des idées ?), sans doute paradoxalement grâce à ses orientations expérimentales et fusionnelles qui rompent le parfois décriée caractère monolithique du genre. De là à dire que le fan de Calogéro va adorer, il y a un fossé que je ne franchirai pas, mais quand même, jetez-y une oreille même si d'ordinaire ce genre vous effraie.
Je n’ai parlé ici que de la deuxième piste, mais ‘Kairai’ qui ferme l’album est de la même trempe. Voilà donc qui me rassure : au Japon aussi le métal technique, sophistiqué et bourrin existe. Hallelujah !


‘Akai yami’ (extrait)


Akai yami
de Birushanah
Album studio
Trois pistes (~41 min)
Sortie : 18 juin 2007 (Missing Link Records)
Genre : métal, sludge

Publié dans musique

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